Deux décennies se sont écoulées déjà… Ou presque.

Depuis 1996, la Théorie du ChoixMD m’accompagne partout, autant dans ma carrière professionnelle, en tant que psychologue auprès des enfants, des adolescents et des familles, que dans les méandres de ma vie personnelle. Toutefois, cette approche n’aurait jamais eu autant d’impact, ici au Québec, sans l’écriture et la voix de Francine Bélair. Excellente conférencière et auteure, Madame Bélair a toujours su comment rendre la théorie accessible, utile et pertinente pour tous les professionnels, peu importes son contexte d’intervention et son rôle auprès du client; en plus de nous faire rire et réfléchir sur la qualité de notre lien!

Je l’ai rencontrée la première fois alors que je travaillais auprès de familles en très grande difficulté dans un centre communautaire du quartier Hochelaga Maisonneuve à Montréal. Étant d’orientation systémique et cognitivo-comportementale, la théorie du choix est venue plus d’une fois enrichir mon intervention et ouvrir la voie à la résolution de multiples situations d’impasses relationnelles auprès d’enfants présentant des problématiques diverses autant au niveau de la santé mentale qu’au niveau social. La Théorie du ChoixMD m’a permis ainsi de percevoir le comportement de l’enfant comme sa meilleure tentative pour satisfaire ses besoins en très grande souffrance (se sentir compétent, aimé, libre, en sécurité, avoir du plaisir). Étant un être en devenir et malgré, dans de nombreux cas, ses fragilités neuropsychologiques (déficit d’attention, impulsivité, régulation émotionnelle, rigidité cognitive…), l’enfant peut apprendre à mieux répondre à ses besoins d’une façon plus efficiente, réaliste, satisfaisante et responsable avec le soutien de sa famille et de son école. Mais encore faut-il que l’enfant et la famille s’engagent pleinement dans ce processus.

Trop souvent, nous appliquons des « recettes d’intervention » et nous oublions ou omettons d’y rattacher l’essentiel : nous sommes tous uniques dans notre façon de nous représenter la satisfaction de nos besoins, dans la façon de nous représenter notre Monde-Qualité. La trajectoire développementale particulière de chaque enfant au sein de sa famille et de sa communauté amène nécessairement certains enfants à valoriser une façon d’agir et de penser pour satisfaire ses besoins en souffrance, une façon unique pour éviter la détresse, pour la fuir, pour la geler, pour la combattre ou pour la résoudre. Avec la théorie du choix, il est possible de soutenir la famille et l’enfant à prendre en main leur devenir par un processus d’autoévaluation; un processus qui se doit d’être fait avec patience et un profond respect; car choisir c’est aussi renoncer à ce que l’on n’a pas choisi. Et ça aussi nous l’oublions trop souvent : dans notre hâte de vouloir « changer la famille » ou de faire « disparaître le comportement nuisible de l’enfant », nous ne prenons plus en considération la perte psychologique perçue par l’enfant ou/et la famille qui lutte avec son propre changement.

En ce sens, la Théorie du ChoixMD imaginée et crée par le Dr William Glasser en 1965 et reconnue en 2008 par l’Association Européenne de Psychothérapie s’inscrit très bien dans le mouvement plus général de ce qu’on nomme actuellement la 3e vague des thérapies cognitives et comportementales (thérapie d’acceptation et d’engagement, la thérapie cognitive basée sur la pleine conscience…). L’idée au cœur de ce mouvement est, entre autres, d’amener l’enfant et la famille à changer de perspective quant à leurs souffrances en s’engageant vers des comportements qu’ils souhaitent et valorisent.

Chère Francine, amie et collègue, mille mercis!

Natalie Diotte, psychologue