Un grand nombre d’entre nous arguent que, pour créer un climat scolaire positif, il faut d’abord que les apprenants soient motivés à apprendre. Malheureusement plusieurs enseignants, de bons enseignants ont l’impression de « partir au front » chaque jour devant des élèves démotivés. Ils s’accrochent pourtant malgré le désespoir qui les frappe de plein fouet presque quotidiennement. Ils cherchent désespérément l’étincelle de la motivation.

S’il est vrai qu’au préscolaire et au premier cycle du primaire la plupart des élèves se présentent avec une volonté d’apprendre à lire, à écrire et à compter, cette motivation s’effrite au gré de leurs expériences plus ou moins positives. Et quand, ils n’ont plus la volonté d’apprendre, celle-ci se change en volonté de s’éloigner de la classe. Elle s’exprime parfois passivement; l’élève devient inattentif, fait peu d’efforts, prend du temps pour se mettre à la tâche, fait autre chose que le travail demandé, oublie les consignes… Elle s’exprime aussi activement : l’élève proteste, refuse carrément de s’engager, revient sans arrêt sur le « pourquoi », perturbe la classe, affronte l’enseignant… Pas étonnant que le climat scolaire se dégrade rapidement, tout aussi rapidement que la motivation chez l’apprenant et le découragement chez les enseignants!

« Créer un climat de classe de qualité [1]» souligne que nous ne pouvons contrôler la motivation intrinsèque de l’apprenant, mais que nous pouvons, cependant, travailler à l’amélioration du climat scolaire qui, lui, aura une incidence sur sa motivation.

Qui a la responsabilité de créer et maintenir un climat scolaire positif? Tout un chacun bien entendu, mais surtout les adultes qui se doivent de porter une attention toute particulière aux besoins des élèves tout en prenant soin de leurs propres besoins. Une attention qui ne soit pas possession, qui ne demande aucune gratification personnelle. C’est une manière d’être qui manifeste simplement : « Je vous porte attention. » et non « Je vous porte attention À CONDITION que vous vous comportiez de telle ou telle manière. » [2]

La conférence intitulée « Créer un climat de classe de qualité » démontre que c’est possible et réalisable pour peu qu’on sache ce que recherche l’apprenant. Nous savons, maintenant, que ce sont les relations que les enseignants développent avec leurs élèves qui influent le plus sur les objectifs de ceux-ci, leur socialisation, leur motivation et leurs résultats scolaires. À quoi servent toutes les stratégies cognitives et métacognitives du monde si la personne n’a pas trouvé les moyens d’entrer en relation avec elle-même et avec les autres? En effet, on peut très bien instruire et même former quelqu’un sans le connaître, mais on ne peut, en aucune façon, éduquer quelqu’un qu’on ne connaît pas. Là se situe le problème et là aussi réside la solution. Comment réussir à connaître chacun des apprenants en une année et dans le cadre rigoureux de l’enseignement? Boris Cyrulnik parle abondamment de l’impact affectif de l’enseignant envers l’apprenant et souligne judicieusement qu’il ne faut jamais oublier que l’intelligence est incroyablement plastique, qu’un élève difficile peut devenir bon en l’espace de quelques mois quand il est dans un milieu sécure où ses besoins psychologiques sont satisfaits.

« Créer un climat de classe de qualité » est inspirée de la philosophie de la Théorie du ChoixMD, une intervention très répandue au Québec (Canada). La conférence offrira aux participants, enseignants, professionnels et administrations scolaires de tous les niveaux, des outils pratiques de gestion de classe, d’animation et d’intervention de groupe. La conférence abordera, un peu, à la manière d’une boîte à outils comment développer les habiletés sociales des élèves pour favoriser leur apprentissage académique, comment créer un climat positif pour réduire le stress et permettre ainsi de meilleures habiletés cognitives, créatives et même améliorer la mémoire des apprenants, comment mettre en place une gestion de classe participative pour permettre aux apprenants de développer leur intelligence pratique. Comment transformer le quotidien d’une gestion de classe en relation de confiance. Et c’est grâce à cette relation que l’apprenant peut et choisit de se mettre à la tâche. La capacité de créer un lien avec l’apprenant, cependant, demande beaucoup d’investissement de la part de l’adulte, de l’enseignant et de la direction.

« Créer un climat de classe de qualité » n’est pas restreint aux élèves, ce concept doit inclure tous les membres de la communauté scolaire. Chacun cherche à se sentir en sécurité, à avoir des relations interpersonnelles harmonieuses avec les collègues, les parents et la communauté. La qualité du leadership directionnel est déterminante pour que tous les membres du personnel puissent consacrer leurs efforts à maintenir un climat positif et une ambiance chaleureuse avec les apprenants.

Créer un climat scolaire positif, c’est établir et maintenir un lien signifiant avec les élèves et avec les adultes! Cela veut dire reconnaître la personne humaine derrière chaque individu, admettre que cette personne a des besoins, des images et des perceptions bien à elle et qu’elle dispose de tout un système de comportement pour « réaliser » ses images. Dans cet espace relationnel avec l’Autre, nous ne pouvons nous contenter d’un accueil bienveillant. « Créer un climat de classe de qualité » nécessite l’art de questionner, se questionner et questionner l’apprenant. C’est là aussi une différence avec l’approche humaniste plus traditionnelle. Bien entendu, si l’écoute est primordiale, l’art de poser des questions l’est tout autant. La réflexion se veut précise, parfois incisive sans jugement ni condescendance et surtout sans complaisance.

Au plaisir de vous rencontrer.

[1] Francine BÉLAIR, Donner le goût d’apprendre ensemble, Créer un climat de classe de qualité, Chenelière Éducation, Montréal, 2015

[2] Carl ROGERS : Le développement de la personne ,Dunod, Paris, 1966 p. 204